Colloque

ProgColloque06_04_2017_Le récitJeudi 06 avril 2016
9h >12h30
Bibliothèque Alcazar
Salle de conférence

ENTRÉE LIBRE


« Mythe et Récit » Michel Guérin

Le récit, tel que le pratiquent les Modernes, garde sans doute une part mythique, héritée des premières épopées. A-t-on affaire à un universel, reposant sur des invariants (par exemples des rôles ou des fonctions incarnés par des personnages singuliers) ou bien le récit est-il susceptible de se transformer de manière importante, non seulement en fonction de nouvelles « technologies intellectuelles » (écritures) et de nouveaux médiums, mais des champs investis au-delà de la littérature et du cinéma?

« Récits de rêves, récits oniriques : arts plastiques, bande dessinée, cinéma et jeux vidéo.. » Frédéric Verry

Les récits de rêves occupent une place importante aussi bien dans la littérature que dans les arts visuels. Ils sont parfois l’occasion d’expérimenter de nouvelles formes narratives : histoires lacunaires, métamorphoses, absence de transitions logiques dans le temps ou l’espace, etc. Néanmoins, les artistes et les auteurs qui s’appuient sur leurs expériences oniriques pour en faire des fictions vont beaucoup plus loin dans l’invention de ces formes narratives expérimentales. On distinguera donc les récits de rêve – qui sont supposés être des expériences réelles vécues et retranscrites par l’auteur ou l’artiste – des récits oniriques – qui sont des fictions s’appuyant sur les mécanismes du rêve et ne prétendant pas explicitement retranscrire ceux de l’auteur ou de l’artiste. On analysera et on comparera des exemples de récits de rêves avec des exemples de récits oniriques puisés dans différents moyens d’expression, afin de chercher à comprendre comment les artistes transposent les images et les mécanismes du rêve en dessin, en peinture, en bande dessinée, au cinéma et dans les jeux vidéo, et en ne s’interdisant pas de faire des comparaisons avec des œuvres littéraires.

« Quand les récits font œuvre » Laurence Corbel

Des histoires se racontent dans les œuvres, les films, les vidéos, les livres, les performances, les installations ou les expositions. Hybrides, fragmentés, dispersés, polyphoniques, brefs ou longs, ces récits dessinent les contours d’un nouveau régime narratif. On se propose d’explorer les glissements, les écarts et les métamorphoses qui affectent sous des formes multiples le récit dans le champ de l’art, d’étudier la fonction que ces formes singulières de récits réservent au lecteur ou au spectateur dans l’activation des œuvres, de montrer les enjeux de ces histoires qui ont un rapport à l’écriture et à l’oralité et enfin, de saisir les enjeux de ce regain d’intérêt des artistes pour le récit qui se décline dans des formats divers.

«Matière à raconter, manière de dire » Jean Arnaud

Au XXe siècle, les mécanismes du récit oral ou écrit étaient principalement étudiés dans divers domaines de la théorie littéraire et de l’anthropologie, puis dans les champs de la linguistique structurale et de la communication médiatique. Si le récit est bien sûr présent dans l’histoire de l’art , l’invention de nouveaux médiums utilisant simultanément texte, image et son après l’invention du cinéma, conduit à l’élaboration de nouvelles formes de récits, qui se sont sans cesse croisées et ramifiées. La narratologie prend ainsi en compte aujourd’hui les questions propres à la création visuelle/sonore, et ne se réfère plus seulement à la textualité, qu’elle soit liée ou pas à l’utilisation d’Internet ou à de nouvelles expériences immersives de l’image (installations, jeux vidéos…).
Associer le terme d’interférence à ceux de récit et de création artistique sous-entend que l’acception première du terme de récit — l’énoncé oral ou écrit de faits vrais ou imaginaires — s’est complexifiée, notamment par débordement de la narrativité spécifique à chaque médium d’expression, ancien ou nouveau. Cette vaste question inclut celle qui nous occupe ici : qu’est-ce qui fait récit en art aujourd’hui ?

«L’histoire de l’art réinventée par les artistes, un autre récit » Camille Debrabant

Cette communication s’intéresse à quelques cas d’artistes qui, au cours de la seconde moitié du XXème siècle, élaborent de grands récits fictionnels à caractère historiographique. De nature satirique et à vocation critique, leurs fiction s’adonnent à une réécriture caustique de l’histoire de l’art sous forme d’installations multimédia sophistiquées, associant la photographie à la peinture et aux textes ainsi qu’à la bande dessinée.
Nous examinerons ainsi le fonctionnement des Höhere Wesen befehlen (1966-69) de l’Allemand Sigmar Polke, des Crocodiles Tears (1979-97) de l’américain Douglas Huebler, et du projet libanais de Walid Raad Scratching on Things I Could Disavow : A history of Art in the Arab World (en cours depuis 2007). Il s’agira de décrypter les enjeux et les cibles de ces mises en scène de l’histoire de l’Art pour comprendre comment les artistes défient les théoriciens et leur récits devenus dogmatiques.
Nous verrons pour conclure que le récit historique de certains critiques procède lui aussi d’une forme de fiction qui, en matière de manipulation et de contorsion, n’a rien à envier aux dispositifs des artistes.

« Ce que je récite » Jérôme Mauche

Du côté de la poésie contemporaine, du moins lorsqu’elle s’inquiète de formes narratives alternatives (de même que l’on parle depuis peu de faits alternatifs), en France se poursuivent depuis une quinzaine d’années des expériences littéraires, qui transitent et se modèlent par l’oralisation. On parlera alors, pour les meilleurs d’entre elles, d’une auto-diction, manière pour l’auteur de se constituer comme sujet, acteur et matière de son travail langagier. Quelquefois d’ailleurs, cette présence du corps comme de la voix, ne procède pas exclusivement par la performance physique ou la lecture publique, ce qui ne fait qu’accentuer la dépendance.
De l’auto-diction à l’addiction, cette conscience aiguë de l’abus et de la perte d’une liberté d’action, dans un espace littéraire réputé pourtant le plus autonome, donne alors accès à un espace de servitude plus extrême, celui du récit.

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