ARL 2006 > 2007

« La main est donc un organe complet et même l’organon par excellence. Une et multiple, elle est aussi sa propre métaphore (haut la main). Toujours elle signifie et emblématise l’homme : d’abord en tant qu’il transforme, manipule et façonne, artisan ou artiste ; ensuite en tant qu’il émet des signes, fait connaître ses sentiments, extériorise sa pensée (principal foncteur de gestes, la main parle à sa façon, elle sait dire la paix, le don, l’accueil, comme elle n’a pas de peine à marquer la limite, l’interdit, l’hostilité) ; enfin en tant qu’il est porteur d’un pouvoir ou d’une autorité. Ainsi, l’homme travaille de ses mains, modifie le décor, l’humanise en le peuplant d’artefacts, il exprime avec ses mains (et avec le langage) ce qu’il sent (dans la double acception du sentire latin : penser et sentir) et ce qui le touche, il s’affirme par la position, voire l’imposition des mains (pensons aux rois thaumaturges étudiés par Marc Bloch), comme être politique, soumettant à son pouvoir, non plus les choses mais les gens : qu’elle brandisse le sceptre ou le glaive (à main armée), la main, ici, signifie mainmise. »

Michel Guérin, extraits du texte « L’humain c’est la main ».

« Un “travail qui prend Auschwitz comme événement fondateur”, cela voudrait alors dire un travail qui cherche une langue ou une forme pouvant servir à la construction d’un nouveau devenir. Pas nécessairement dans le sens où il faudrait reconstruire le monde, mais dans le fait de le repenser. Trouver une langue, des formes, propres à infléchir certains travers, pouvant servir la construction d’un avenir diffèrent de celui annoncé. Et c’est bien là le rôle de l’artiste, que de repenser intimement, dans sa pratique, au cœur de celle-ci, le lien originaire entre esthétique et politique. Proposer de nouvelles expériences, de nouveaux “sentir ensemble” comme dirait Bernard Stiegler. Car l’art a ici quelque chose à jouer, ou rejouer, quant à la question d’un destin. L’art peut inaugurer d’autres rapports : l’échange, le don, le désir…, qui s’opposent aux rapports ambiants.

Jean-Marc Cérino, extrait du texte « Représentations et Shoah ».