Archives mensuelles : janvier 2015

ARL 2012 > 2013

2012
« A la mesure de l’Excès »
Limite ou devenir de l ’Art Contemporain

La notion d’excès, envisagée du point de vue de la création, touche de près des questions d’ordre moral. Cette notion a très vite caractérisé un comportement du peu et du trop. Déjà en son temps Confucius affirmait : «  C’est un tort égal de pécher par excès ou par défaut ». Les mêmes remarques seront reprises par de nombreux philosophes, et ces mises en garde trouveront au XIX ° siècle, dans la fameuse phrase du peintre et illustrateur BOUTET de MONVEL, une formule pertinente : « Faut de la vertu, pas trop n’en faut : l’excès en tout est un défaut. »

Dès le IV° siècle avant notre ère les bornes, les limites de tout excès sont déjà pointées.

Les mêmes interrogations peuvent-elles être portées sur l’art contemporain qui trouve dans cette attitude un terrain propice à son développement ?………

Lyse MADAR

……… Relançons la question : le jeu de l’art contemporain est- il à peu près le même que celui des époques modernes ? N’est-ce pas, de génération en génération, à la mesure – et à l’aune et à l’aide – de l’excès que les artistes cherchent à faire émerger un nouvel objet singulier, une nouvelle étape de la création artistique ? Ne faut-il pas, pour créer l’événement, compter sur le choc et avec lui ?………

Michel Charles GUERIN

 2013
« Les Mâts de Marseille »
La Verticalité de l’Espace, Mâts, Totems et autres statues verticales

……… De son absence de regard – à la différence de la peinture comme on sait depuis Hegel – la statue tire un effet de présence qui anticipe toute signification. Elle est un « corps dans l’espace » (R. Roshlitz) qui a tendance à imiter ce qui est là sans les hommes. Il y a un fantasme des statues qui resteront quand nous aurons quitté la terre. Des stèles devenues illisibles, des pierres ou des corps dressés coïncidant dès lors à jamais avec le silence qui les habitait déjà par définition depuis le début………

Alain CHAREYRE- MÉJAN

ARL 2010 > 2011

2010
Les parts de l ’Ombre : matérialités et f ictions

2011
Le monstre dans l’ imaginaire contemporain ou la beauté fascinante du difforme

ARL 2006 > 2007

« La main est donc un organe complet et même l’organon par excellence. Une et multiple, elle est aussi sa propre métaphore (haut la main). Toujours elle signifie et emblématise l’homme : d’abord en tant qu’il transforme, manipule et façonne, artisan ou artiste ; ensuite en tant qu’il émet des signes, fait connaître ses sentiments, extériorise sa pensée (principal foncteur de gestes, la main parle à sa façon, elle sait dire la paix, le don, l’accueil, comme elle n’a pas de peine à marquer la limite, l’interdit, l’hostilité) ; enfin en tant qu’il est porteur d’un pouvoir ou d’une autorité. Ainsi, l’homme travaille de ses mains, modifie le décor, l’humanise en le peuplant d’artefacts, il exprime avec ses mains (et avec le langage) ce qu’il sent (dans la double acception du sentire latin : penser et sentir) et ce qui le touche, il s’affirme par la position, voire l’imposition des mains (pensons aux rois thaumaturges étudiés par Marc Bloch), comme être politique, soumettant à son pouvoir, non plus les choses mais les gens : qu’elle brandisse le sceptre ou le glaive (à main armée), la main, ici, signifie mainmise. »

Michel Guérin, extraits du texte « L’humain c’est la main ».

« Un “travail qui prend Auschwitz comme événement fondateur”, cela voudrait alors dire un travail qui cherche une langue ou une forme pouvant servir à la construction d’un nouveau devenir. Pas nécessairement dans le sens où il faudrait reconstruire le monde, mais dans le fait de le repenser. Trouver une langue, des formes, propres à infléchir certains travers, pouvant servir la construction d’un avenir diffèrent de celui annoncé. Et c’est bien là le rôle de l’artiste, que de repenser intimement, dans sa pratique, au cœur de celle-ci, le lien originaire entre esthétique et politique. Proposer de nouvelles expériences, de nouveaux “sentir ensemble” comme dirait Bernard Stiegler. Car l’art a ici quelque chose à jouer, ou rejouer, quant à la question d’un destin. L’art peut inaugurer d’autres rapports : l’échange, le don, le désir…, qui s’opposent aux rapports ambiants.

Jean-Marc Cérino, extrait du texte « Représentations et Shoah ».

ARL 2004 > 2005

La manifestation « L’Art renouvelle le Lycée, le collège et la Ville » est devenue un temps fort, de rencontres avec des artistes, professionnels de l’Art, pour les élèves et les enseignants de notre académie et plus particulièrement les Marseillais.

Inscrite dans le programme académique d’action culturelle, en partenariat avec les Collectivités (ville de Marseille, Conseil Général, Conseil Régional), l’Etat (DRAC), la caisse d’Epargne Provence Alpes Corse et l’Espace Ecureuil, cette manifestation répond à nos objectifs :

  • accès au plus grand nombre de nos élèves, enseignants et personnels à la culture et à l’art contemporain par la rencontre avec des œuvres d’art exposées et les artistes dans les établissements partenaires durant deux mois
  • désir de croiser les regards de l’approche de l’Art au cours des thématiques étudiées au fil des ans (art contemporain et littérature- philosophie- histoire- musique)
  • souci d’ouverture sur le monde artistique de l’autre rive de la Méditerranée (échanges avec le Maroc, la Tunisie- des artistes Algériens dans une démarche critique et citoyenne)
  • inscription de cette manifestation dans le projet d’établissement

Ce catalogue fait état des deux manifestations de 2004 et 2005. Les thématiques choisies  « L’Absolu du dessin » en 2004 et « L’Art et la face » en 2005 répondent de nouveau à nos attentes :

  • rencontre avec l’excellence artistique source d’enrichissement pour tous (élèves, enseignants, communauté éducative scolaire)
  • interrogation sur l’art et le monde contemporain
  • réflexion aiguisée par les colloques à l’Espace Ecureuil animés par des spécialistes, artistes, historiens de l’art, philosophes de renom.

Merci à Madame Lyse Madar, cheville ouvrière de ce projet, à Monsieur le Proviseur du lycée du Rempart où siège la galerie « Le passage de l’Art », lieu d’expositions, de débats, de colloques, aux chefs d’établissement et aux enseignants engagés dans ce projet, sans oublier les partenaires et les financeurs de cette belle opération.

Jean-Paul de Gaudemar, Chancelier des universités, Recteur de l’Académie d’aix-Marseille

ARL 2002 > 2003

« Eloge de la couleur » et « Dis-location »

« Je pourrai dire si le lieu auquel je veux parvenir ne pourrait être atteint que sous la conduite d’un guide j’y renoncerai ; car là ou je veux véritablement aller il faut qu’à proprement parler je sois ; ce que l’on peut atteindre sous la conduite d’un guide ne m’intéresse pas ».

Ce que nous dit ici Wittgenstein ne révèle t-il pas ce désir extrême et une volonté d’être défait de tout lien contraignant, de toute influence sur la pensée et le geste, une volonté de laisser son être n’être régi que par lui même.

Mais pourquoi évoquer cette pensée de Wittgenstein lorsqu’il s’agit de présenter les 2 dernières manifestation organisées par le Passage de l’Art sur l’Eloge de la Couleur et sur l’année de l’Algérie ?

Nos répondons en disant que lorsqu un artiste affronte la couleur il entre dans un univers infini dans lequel son seul guide est son imaginaire, un univers si dense dans lequel il se trempe jusqu’à s’y noyer sans craindre pour son intégrité et ou nul ne peut intervenir. Mais ceci ne vaut pas pour os les artistes quelque soit le médium utilisé ?

Concernent le deuxième projet sur l’Algérie nous l’avions intitulé : « Dis-Location : un parcours dans l’Art algérien. »

Ne s’agissait-il pas ici également d’analyser de quelle manière les artistes parviennent se libérer des influences culturelles propres et fortes ?

Nous rappellerons qu’il s’agissait d’un projet à l’échelon national : Djazair : une année de l’Algérie en France » ; Projet auquel nous avons participé avec beaucoup de plaisir ayant obtenu le soutien des commissariats français e algériens.

L’aide du Rotary club de Marseille et d’aller, de la caisse d’Epargne et de l’Espace Ecureuil.

Nous mentionnerons aussi que le commissariat français nous a honoré de sa présence le jour du Colloque en la personne de Madame Blondy missionnée par Madame Françoise Allaire Présidente du Commissariat français.

Ces deux projets sont réunis dans le même catalogue car il s’agit de manifestations qui ont eu lieu en avril 2002 et avril 2003 mais aussi car il ont en commun un discours de liberté e d’engagement qui nous émeut, un discours sur la beauté qui gomme la grisaille du monde et nous en donne une idée neuve.

Ils ont en commun des acteurs libres d’endosser’ ou de rejeter les influences afin que leurs volontés singulières ne s’exercent que sur leur propre être.

Les deux projets ont engagé des historiens de l’Art, des écrivains, des critiques d’Art, des philosophes des personnes que l’Art interpelle, mais aussi des regards neufs : ceux d’une jeunesse dont il est important d’aiguiser le regard sur la création contemporaine.

Que soient remercies avec gratitude tous les Artistes et toutes les personnes et les instituions engagées auprès du Passage de l’Art dans ces deux projets.

Lyse Madar

« Ce n’est que dans l’Art, la religion et la science que la volonté singulière peut atteindre son autonomie »

ARL 2001

«..le mythe orientale se porte bien et nombreux sont les artistes européens qui viennent à Tanger sur les traces de Delacroix et de Matisse. Ils restent en quête de pittoresque, de sujets nouveaux ou à la recherche de la lumière méditerranéenne. Et surtout, nouveauté essentielle, ils sont dorénavant à la découverte de la culture pré-islamique dont certains aspects, certaines survivances archaïques ou primitives semblent susceptibles de repenser leur pratique.[ …]

Juste retour des choses et signe d’une intégration réussie dans le champ de la modernité : en exagérant quelque peu j’ai envie de dire que le voyage à Tanger s’est substitué au voyage en Italie… »

Yvon LEBRAS

extrait de Mutations Plastiques et identité marocaine : la nécessaire adaptation du discours critique.

ARL 1998 > 2000

«Mutations plastiques marocaines»

Dans notre projet sur les peintres marocains nous avons voulu nous interroger sur la démarche de ces artistes sachant que la culture d’un pays agit fortement sur les individus qui l’habitent, qui la fondent et qui la perpétuent.

 Ainsi, Andy Warhol, fils d’immigré tchèque, déclara : « I think of myself as an american artist : I like it here, I think it’s so great. It’s fantastic. I’d like to work in Europe but I wouldn’t do the same things. I’d do different things […] I represent the US in my art ».

Ainsi, selon lui s’il avait été en Europe, il aurait produit d’autres objets, aurait travaillé dans une autre direction. Qu’en est-il de ces artistes Marocains, résidents très souvent à l’étranger et que nous avons choisis pour la thématique de 2001 dans le cadre de « l’art renouvelle le lycée, le collège et la ville » ?

 On peut donc se demander quel degré de ce particularisme, de cette altérité a été préservé chez ces artistes présents aujourd’hui dans la manifestation ; jusqu’à quel point l’idéographie révèle la persistance de leur rapport à « l’origine », ou s’il y a dépassement conscient ou non, immédiat ou réfléchi de toute influence culturelle dans les sujets abordés par les artistes, et dans leurs interrogations des matériaux utilisés.

Les interrogations

-Ce problème n’est-il pas spécifique à l’Art Contemporain qui semble vouloir se détacher de toute symbolique et s’adresser au monde dans sa « nouveauté » ?

-Les artistes même en vivant ailleurs restent-ils malgré tout ancrés dans leur territoire d’origine et finalement toujours décalés par rapport à une démarche plus universelle (inter – réaction du lieu d’origine et du lieu d’accueil ou de vie) ?

-Quel rapport apparaît ici entre l’Art et la Culture : l’Art reste t-il pour ces artistes un produit de la culture ?

-S’il subsiste un rapport à l’origine : où est-il, dans le sujet, dans la forme ? Dans un mode de représentation de l’Espace ? Dans un mode d’interrogation des matériaux ?

Ce questionnement a été proposé aux artistes participants à la manifestation, ainsi qu’aux conférenciers qui interviennent ce matin.

Lyse MADAR

Exposition / Sous le signe de l’hybride

THIERRY CHEYROL
GALERIE PASSAGE DE L’ART
20/01 > 13/02/2015

Sculpture / Installation – Entrée libre
[metaslider id=394]

PANO_20150120_174720

PANO_20150120_174540

VERNISSAGE MARDI 20 JANVIER À 18H
suivi d’une lecture du texte “Variations Charnelles” de Michel MONTANER par Éric PENA, Dramaturge et Professeur de Lettres Modernes et Présentation du catalogue “L’Art Renouvelle le Lycée, le Collège, la Ville et l’Université” 2012 / 2013 : “À la Mesure de l’Excès” (2012) “Les Mâts de Marseille” (2013)
http://www.frequence-sud.fr/art-31820-

 

QUAND LA MATIÈRE FAIT ART

Des sculptures aux formes organiques singulières, curieuses et enchanteresses ou l’analogie à la nature formelle et au jeu des similitudes sont forts, mais ne nous arrêtons pas là. Disposées ici et là de sorte que l’on puisse déambuler autour et y pénétrer un peu plus, ces « monstres » bien que de nature étrange et tout droit sortis d’un songe, se veulent rassurants et nous entrainent vite au jeu de la contemplation.
Aux mouvements rétiniens s’ajoute des mouvements organiques : les sculptures s’affaissent, se tendent, s’allongent au fil des semaines.
Dans leurs agitations inframinces et leurs esthétiques informelles, elles tentent de recréer un paysage du vivant avec une économie de moyen.
Ici la matière est carton-pâte et fils de fer.
L’artiste Thierry Cheyrol commence par collecter des boites d’oeufs vides qu’il plonge dans l’eau pour les ramollir. La première forme de la sculpture est agencée par les fils de fer qui font office de squelettes, et sur lesquels il vient modeler le carton-pâte.
Ce travail d’amoncellement et de recyclage se confond ensuite avec l’imagination de l’artiste, mais comme il le dit lui-même : « c’est le matériau qui me guide ».
En effet, il ne semble pas y avoir de plan de route sinon modeler la matière, s’oublier dans le « faire ». Un acte pur, simple et sans tâche, qui trouve écho dans l’acte créatif des débuts de la création : l’acte qui tente de sublimer avec justesse la poussière que nous tenons entre nos doigts. Une (s)culture du « pauvre » qui ébloui et questionne intelligemment avec ce qu’il a.
Ces éléments amalgamés suscitent une réflexion sur l’économie de moyen, l’acte artistique et les enjeux de l’oeuvre d’Art, et dans la période actuelle qui cache des enjeux économiques et écologiques immenses, les sculptures de Thierry Cheyrol questionnent et y répondent de manière humaine et implacable.

Jonathan Attar, Passage de l’Art.